La méditation n'est pas un phénomène passif mais une pratique éminemment active et vivante, où l'équilibre entre réceptivité et action consciente constitue la clé d'une pratique transformatrice.
La méditation : une activité paradoxale
La méditation repose sur un principe fondamental que Selim Aïssel exprime ainsi dans son Manuel pratique de Méditation :
« Tout le chemin consiste à se préparer, non pas à trouver Dieu, mais à ce qu'il nous trouve. La pratique de la méditation repose sur ce principe: ne rien vouloir, simplement s'asseoir et méditer. Et un jour, parce qu'on s'est assis et qu'on a médité, quelque chose est donné comme une grâce. »
Ce paradoxe apparent - ne rien vouloir tout en pratiquant activement - constitue le cœur de la pratique méditative. L'auteur précise que « certains disent qu'il n'y a rien à faire, mais le paradoxe est que celui qui ne fait rien ne trouvera jamais rien ou ne sera jamais trouvé par personne. »
Cette approche active de la méditation se distingue radicalement de l'idée reçue d'une pratique passive où l'on attendrait simplement que quelque chose se produise.
Réceptivité versus passivité : une distinction cruciale
La distinction entre réceptivité et passivité représente un point essentiel pour comprendre la nature de la méditation. Selim Aïssel l'explique clairement :
« Réceptivité n'est pas passivité. Lorsque nous sommes passifs, nous sommes sous l'influence de forces inférieures, mais c'est à des forces supérieures que nous nous ouvrons quand nous sommes réceptifs. Celui qui rêve est passif, donc soumis à des forces inférieures, celui qui médite est actif, donc ouvert à des forces supérieures. »
L'auteur illustre cette différence par une image parlante : lorsqu'on offre une fleur à quelqu'un, la personne passive reste sur son siège en trouvant des excuses pour ne pas la recevoir, tandis que la personne réceptive se lève et accueille le don avec gratitude.
Cette réceptivité active se manifeste particulièrement dans la méditation où l'on doit maintenir une vigilance constante tout en restant ouvert à ce qui peut advenir.
L'activité intérieure pendant la méditation
La méditation exige une activité intérieure soutenue qui se manifeste à plusieurs niveaux. Selim Aïssel souligne que « méditer, ce n'est pas s'endormir. C'est peut-être mettre l'esprit au repos, mais au repos dans un état de réceptivité qui est actif. »
Cette activité se traduit par :
- Le maintien d'une posture correcte malgré l'inconfort physique
- L'attention constante à la respiration
- La vigilance face aux pensées qui défilent sans s'y identifier
- La décision volontaire de continuer malgré les résistances du corps et des émotions
- Le rappel régulier de l'intention qui nous fait méditer
L'auteur rappelle que « ce qui caractérise l'être humain, c'est qu'il est capable d'agir en fonction d'une décision volontaire de l'esprit - celle de méditer par exemple - qui peut être en contradiction avec ce que veulent son corps, ses pulsions, ses sentiments ou ses émotions. »
Comment cultiver l'équilibre actif-réceptif
Pour maintenir cet équilibre délicat entre activité et réceptivité, plusieurs éléments sont essentiels selon l'enseignement de Selim Aïssel.
L'état d'esprit juste
L'auteur insiste sur l'importance de l'état d'esprit avec lequel on aborde la méditation :
« Vous savez qu'il y a trois conditions à la méditation: l'attention à la respiration, l'attention à la posture, et ce qu'on appelle l'état d'esprit juste. La posture est secondaire, la respiration peut être considérée comme secondaire, l'état d'esprit juste est indispensable. Or c'est ce qu'il y a de plus difficile à atteindre. »
Cet état d'esprit juste consiste à se rappeler pourquoi on médite, à comprendre que la méditation est ce « moment où on peut s'abstraire de tout et, où tout, tout le reste, tout ce qui va se passer dans la journée, peut être relativisé. »
Le détachement actif
Le détachement pratiqué en méditation n'est pas une indifférence passive mais une observation active et consciente. L'auteur explique que « ce travail de méditation qui consiste à ne pas s'identifier, à ne pas rester accroché aux pensées qui viennent, à les voir monter et défiler, mène au détachement par rapport à tous les problèmes qu'on peut rencontrer dans la journée. »
La préparation quotidienne
La pratique régulière crée les conditions pour que l'équilibre actif-réceptif devienne naturel. Selim Aïssel recommande de « commencer sa journée avec une méditation » car c'est « le moment le plus important », tout en précisant qu'« il faut être bien réveillé d'abord » car « dans la méditation, il faut être clair, il ne faut pas être endormi, il faut être éveillé. »
Les obstacles à l'équilibre méditatif
Plusieurs attitudes peuvent compromettre cet équilibre essentiel :
- La passivité qui nous soumet à des « forces inférieures, sclérosantes, paralysantes »
- L'attente passive que « si ça doit arriver, ça arrivera » sans effort personnel
- Le refus d'être réceptif à l'aide des autres ou aux enseignements
- L'illusion de pouvoir tout accomplir par soi-même sans guidance
- La confusion entre paresse spirituelle et réceptivité authentique
L'auteur met en garde : « Il ne s'agit pas de confondre réceptivité et paresse. Certains vont à l'église ou au temple, ou même ici, parce qu'ils se disent que ce sont des endroits où on a des chances de recevoir des forces spirituelles. En venant dans cet état d'esprit-là, on ne reçoit rien, parce qu'on n'est pas un véritable chercheur. »
La méditation comme lieu de transformation
Lorsque l'équilibre entre activité et réceptivité est maintenu, la méditation devient ce que Selim Aïssel appelle « ce lieu en soi où on est en paix, où règne une sorte de joie continuelle. » Elle devient « cette source d'énergie, ce lieu où on peut se retirer » et d'où « on sort différent, chaque fois. »
Cette transformation n'est possible que si la méditation est pratiquée « de façon juste et pendant un minimum de temps, et avoir présent à l'esprit, au moment où on commence, qu'elle est vraiment ce moment où on observe tout ce qui se passe avec détachement. »
Points clés à retenir
- La méditation authentique requiert d'être simultanément actif dans la vigilance et réceptif aux forces supérieures.
- La passivité nous soumet à des forces inférieures tandis que la réceptivité active nous ouvre à ce qui nous dépasse.
- L'état d'esprit juste est plus important que la posture ou la respiration pour une méditation transformatrice.
- Le détachement méditatif est une observation consciente et non une indifférence passive.
- La pratique régulière avec l'intention juste crée les conditions pour être « trouvé » par la grâce.
Les informations de cet article s'appuient sur l'ouvrage de référence cité. Elles ne remplacent pas un diagnostic ni un accompagnement par un professionnel de santé ou un thérapeute qualifié. En cas de doute, consultez un spécialiste.
À propos du livre
Manuel pratique de Méditation T1
Nombreux sont ceux qui méditent pour trouver la force de faire face aux confrontations inconfortables et exigeantes du quotidien. D'autres recherchent un chemin vers eux-mêmes et rencontrent des difficultés parfois insurmontables pour accéder à une méditation réellement.
Découvrir ce livre →